Chios

L'île des senteurs, du mastic, la 'plus belle des Sporades',
la "sœur" de Smyrne

L'île est connue sous divers orthographes selon les époques et les traditions: Scio, Khios, Hios, ou Chio. La mythologie grecque la dit fondée par Cenopion fils de Dyonisos (Bacchus pour les romains). Horace se préoccupait au plus haut point du prix de ses vins ("Quo Chium pretio cadum Mercemur").

En quelques mots, l'écrivain latin d'Orient Willy Sperco retrace bien ce que fut le "parcours" chaotique de Chios et de ses habitants, ballotés d'une puissance occupante à l'autre:

"…Chios qui a été grecque, romaine, qui fut occupée par les Arabes, les armées byzantines, les Vénitiens, les Florentins, les Pisans, reprise par Byzance, gouvernée par les Génois de 1346 à 1556, conquise par les Turcs, occupée à nouveau par les Vénitiens, reconquise par les Turcs, devenue grecque après 1913… "
Les Anciennes Familles Italiennes de Turquie, W. Sperco.

Cette "permanence de l'instabilité", cette prévisible imprévisibilité ne sont-elles pas finalement une caractéristique commune à plusieurs des Echelles du Levant? Changeons les noms de certains des conquérants (libérateurs ou occupants selon sa perspective personnelle) mentionnés ici et nous avons un bon résumé de l'histoire de Smyrne…

Chios: on ne compte plus les artistes, peintres, écrivains (de Delacroix ou Périlla à Victor Hugo) qui ont tour à tour célébré la beauté des paysages et des femmes, ou la jovialité des hommes, avant de pleurer les malheurs qui l'ont frappée, au premier rang desquels les terribles massacres perpétrés par les Ottomans en l'an 1822 en réponse à une tentative d'insurrection (notons au passage que Chios aura précédé sa "sœur" Smyrne d'exactement 100 ans dans cette expérience de la "Catastrophe"). Sur cette tragédie, Hugo (encore lui) écrira ces vers émouvants:

Tout est désert; mais non: seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée.
Il avait pour asile, il avait pour appui,
Une blanche aubépine, une fleur comme lui
Dans le grand ravage oubliée.
Orientales, L'enfant.

L'autre forme de calamité commune à Chios et Smyrne est de source "naturelle", les tremblements de terre qui la secouent à intervalle régulier. Le plus meurtrier pour Chios fut celui de 1881 qui fit 3500 victimes.

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