Si le Levant se définit difficilement, la difficulté s'accroit avec le terme de 'Levantin'. Il a été -et est toujours- sujet à de nombreuses interprétations.
Courtesy of the Middle East Department,
University of Chicago Library.

Beaucoup en Europe ont utilisé le terme 'Levantin' avec un ton de mépris cachant mal un certain racisme, pour désigner un individu cupide, peu fiable voire déloyal, certes polyglotte mais à la culture superficielle, ayant une identité 'floue' - à l'aise partout mais nul part chez soi, en bref un individu auquel on reproche de n'appartenir à aucun pays, à aucune culture bien déterminés.

Amin Maalouf, dans son essai sur les Identités (Les Identités Meutrières) a dénoncé avec plus d'éloquence que je ne pourrais le faire les périls de ces approches réductrices, caricaturales, forçant chaque individu à se choisir une identité unique, qu'elle soit nationale, religieuse ou ethnique.

Pour ceux là le Levant qui retient notre attention, celui de la co-existence pacifique entre Chrétiens, Juifs et Musulmans, était destiné à disparaître car anachronique voire malsain. On l'aura compris dans ces propos liminaires, il n'y a chez moi aucun sous-entendu péjoratif dans l'utilisation du terme 'Levantin' mais plutôt une grande affection et une nostalgie pour une époque révolue (s'il y a une actualité du Levantinisme elle est sans doute plus à chercher à Marseille aujourd'hui qu'à Izmir ou Alexandrie).

Même les plus grands spécialistes orientaux ont des conceptions différentes de qui est ou n'est pas un levantin. Certains (à l'instar d' Albert Hourani?) incluent sous ce qualificatif tous les habitants de la région, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, majoritaires ou minoritaires.

Pour d'autres il ne suffisait pas d'habiter le Levant pour être Levantin. Ainsi pour Abdallah Naaman (Les Levantins: une race) "…est Levantin tout être qui se sent minoritaire et qui vit tout autour de la partie orientale de la Méditerranée…".

Je me garderai bien quant à moi d'utiliser ce site pour délivrer à certains des brevets de 'levantinisme' et les dénier à d'autres. Je dois toutefois admettre que la tentative de définition proposée par A. Naaman ne laisse pas indifférent le descendant de minoritaires de l'Empire ottoman que je suis. Cette définition n'exclut pas le musulman qui a pu se sentir minoritaire par époque dans une ville comme Smyrne; qui a été minoritaire à Chypre; ou encore le chiite minoritaire dans une ville du Levant majoritairement musulmane mais sunnite. Ce qui compte dans cette définition ce n'est pas l'appartenance à une religion mais le fait d'être (ou de se percevoir comme) minoritaire.

On peut en effet se demander si ce sentiment de vulnérabilité liée à l'appartenance à une communauté minoritaire, dont la présence est tolérée mais peut être remise en question à tout moment par 'le Prince' (ou plus justement le Sultan) n'est pas de fait un élément fondamental de l'identité levantine.

Ainsi des Grecs ou des Arméniens à Smyrne ou Costantinople, minoritaires et donc aussi vulnérables que le Musulman à Chypre, même si la présence de ces deux communautés en Asie Mineure remonte à 'la nuit des temps' et est bien antérieure à l'émergence de l'Islam ou à l'arrivée des tribus touraniennes (turques) en provenance d'Asie centrale.

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