Au delà des écrivains voyageurs, Smyrne inspira également le grand Hugo:
Avec son beau chapel;
L'heureux printemps sans cesse
Répond à son appel
Et, comme un riant groupe
De fleurs dans une coupe
Dans ses mers se découpe
Plus d'un frais archipel
L'époque qui nous intéresse dans l'histoire de Smyrne commence vers le 16ème siècle. A cette époque, Smyrne n'est encore qu'une petite bourgade somnolente où
se distribuaient quelques produits locaux comme la cire, les fruits, le coton. C'est par l'île grecque de Chios, au large de Smyrne et sous domination génoise,
que transitaient les navires de commerce faisant escale dans cette région. Les autres grands centres du commerce maritime du Levant étaient alors Alexandrie, Alep,
Istanbul, la Crète. Au début du 17ème siècle, Smyrne commence à émerger en tant que centre portuaire et commercial important. Le baron de Courmenin séjournant à Smyrne
en 1621 note l'intense activité qui y règne; il en attribue le mérite aux marchands arméniens qui acheminent à Smyrne les caravanes chargées de soie venant d'Asie en vue
de son exportation vers l'Europe.
C'est donc en partie aux négociants arméniens, et en particulier aux Persans, que Smyrne doit son essor sur la scène du commerce international. Smyrne, dotée d'un port
spacieux situé au fond d'une baie dont l'embouchure est étroite et l'accès protégé par une forteresse, a fortement bénéficié du déclin de l'île de Chios, déclin dû à une
vulnérabilité excessive aux pillages et intempéries mais aussi et surtout aux nombreux différends ayant opposé ses dirigeants Génois à la Sublime Porte.
Entre 1600 et 1630, une grande partie des Vénitiens, des Juifs, des Grecs, mais aussi des marchands et consuls européens, qui résidaient à Chios vont en effet s'établir
(avec leurs opérations commerciales) à Smyrne. Parmi ces Européens il y a des Français, principalement originaires de Marseille, ville qui exercait le monopole du commerce
avec le Levant.
D'autres négociants européens afflueront à la même époque vers Smyrne en provenance d'Alep, d'Alexandrie, d'Istanbul. Des juifs venant de Salonique
(frappée par la crise du textile), de Safed et d'Alep, des Grecs venant d'autres îles de la mer Egée, des Arméniens originaires d'Alep, de Bursa et d'Istanbul,
mais aussi un grand nombre d'Arabes et de Turcs convergeront vers Smyrne, tous attirés par son "décollage" économique.
Enfin, négociants Anglais et Hollandais commencent également à utiliser Smyrne comme base de commerce entre l'Empire ottoman et l'Europe. En quelques deux ou trois décennies,
Smyrne aura ainsi ravi à Chios son hégémonie sur le trafic maritime dans cette partie orientale de la mer Egée. Plus largement, ainsi que Fernand Braudel l'explique dans
"Civilisation et Capitalisme", le centre de l'économie ottomane qui se situait à Bursa au 15ème siècle, puis à Alep et Alexandrie au 16ème siècle, s'est déplacé à Smyrne
au 18ème siècle.
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