Smyrne a donc vu affluer à cette époque des groupes aux origines diverses mais ayant en commun le talent commercial et l'énergie qui etaient nécessaires pour dynamiser cette ville.
On observe chez les Ottomans non-musulmans (Arméniens, Juifs et Grecs) une spécialisation et une division implicite du marché:
Les Arméniens, forts d'un réseau "diasporique" qui s'étend de la Chine jusqu'à Amsterdam dominent le négoce international, et notamment le commerce avec les regions orientales
de l'Empire ottoman; ils contrôlent les pistes de caravanes et exercent un monopole sur les produits orginaires de Perse dont la soie (tout en étant trés actifs dans le commerce
d'autres produits de luxe en provenance de l'Orient, épices, parfums et bijoux). Ils sont également courtiers auprès de maison de commerce européennes mais aussi agents et
banquiers de grands propriétaires terriens turcs.
Les Juifs assurent des fonctions financières -prêteurs et percepteurs d'impôts et taxes- mais sont aussi traducteurs, tanneurs et bijoutiers.
Les Grecs, moins nombreux bien que plus anciennement établis à Smyrne, sont surtout actifs dans le commerce de détail et le secteur des services (hôtellerie, restauration,
services liés au transport maritime).
En raison de leur connaissance des us et coutumes et de la langue des turcs, de nombreux juifs et chrétiens ottomans (Grecs ou Arméniens) sont choisis comme "intermédiaires
diplomatiques" ou comme agents commerciaux par les puissances européennes. La position la plus convoitée est celle de Drogman en raison des nombreux avantages et privilèges
qu'elle emporte.
Quant aux Arabes ils organisent pour le compte des marchands les caravanes qui partent vers l'Est chercher épices, soies, et autres marchandises.
Les affaires sont au centre des préoccupations des résidents de Smyrne. Les litiges abondent certainement entre ces communautés de marchands ottomans, arabes, et européens
(ces derniers bien que chrétiens ne forment pas, loin s'en faut, un bloc monolithique, et l'on peut deviner les rivalités qui ont pu opposer Génois, Vénitiens, Français,
Hollandais, Anglais ou Autrichiens).
Les négociations, intrigues, et transactions doivent se succéder à un rythme effrayant, accélérées par le fait que la semaine à Smyrne ne compte que quatre jours ouvrables
(les musulmans observant le repos le vendredi, les juifs le samedi, et les chrétiens le dimanche).
Les riches commerçants européens et chrétiens ottomans se concentrent essentiellement autour de la rue des Francs (ou rue Franque) qui longe le front le mer sur une grande distance.
Les marchands les plus aisés ont acquis la plupart des terrains en bord de mer pour y construire maisons et entrepôts, assurant ainsi une certaine discrétion à leur commerce,
toutes les marchandises n'étant pas forcément à exposer aux regards indiscrets des autorités portuaires ottomane.
Smyrne est une ville majoritairement musulmane; pourtant le voyageur2 qui pénètre a cette époque dans la rue des Francs a la sensation de se trouver en terre
chrétienne ou en Europe tant il y croise d'ecclésiastiques (capucins, dominicains, et jésuites) et tant il y entend parler de langues européennes, dont le français…aux
fortes tonalités méridionales.
![]() |
![]() |
______________________


