'Comment peut-on être Persan'


Antoine conteste la compétence des juridictions ottomanes pour le juger et demande au Consul Général de France à Smyrne, Frédéric de Burggraff, de lui prêter assistance et de confirmer aux autorités ottomanes qu'il est bien sous la protection de la France, ce que le Consul fait à plusieurs reprises. Je possède une copie de plusieurs correspondances échangées entre Antoine et le Consul Général de France à Smyrne, d'une part, et entre le Consul et le Gouverneur ottoman, d'autre part. Dans les lettres qu'il adresse au Consul de France, Antoine rappelle les circonstances de l'espèce, l'assure de son innocence, et s'efforce de démontrer qu'il est 'protégé français' de longue date. Il base sa démonstration sur plusieurs faits ainsi que sur certains documents qu'il annexe à sa correspondance.

Quelles sont les informations livrées par Antoine Mirzan au Consul de France à Smyrne?

Antoine rappelle d'abord que son père, Jean Baptiste, a servi la France comme agent consulaire à Samos de 1835 à 1841 et que son grand-père, Jacinthe Mirzan, fut Drogman du Consulat Général de France à Smyrne. Il ajoute que lui-même a reçu sa 'carte de sûreté' des mains du Comte de Ségur, Consul Général de France, en 1844.

J'ai lu avec émotion une des lettres adressées par Antoine Mirzan au Consul de Burggraff. Elle contient en effet un passage qui résonnera dans le cœur de tous ceux à qui la France a offert un jour asile ou protection. Pour démontrer son profond attachement à la France, Antoine raconte qu'il a vécu en Amérique de 1854 à 1859 et que durant ce séjour nombre de ses amis lui conseillèrent, sans succès, de prendre la nationalité américaine. Antoine justifie ainsi sa résistance à ces amicales pressions: "...je n'ai pas voulu renier le pavillon qu'avait servi mon père et qu'il m'avait appris à aimer et à estimer..."40.

Enfin, dans un long passage qui s'avérera capital pour l'objet de notre étude, Antoine retrace l'histoire de sa famille, expliquant qu'elle venait de Perse, du village de Koch-Kachan dans le Nakchevan41. Antoine soumet plusieurs documents à l'appui de sa démonstration:

Le premier est une attestation émanant du Consulat Général de Perse à Smyrne42 dans laquelle le Consul certifie que "le sieur Antoine Mirzan est réellement sujet de sa Majesté Persane". Le document confirme que cette famille est originaire du district du Nakchevan, territoire perse, qu'elle a quitté sous le règne du Shah Tahmas vers l'an 1734 pour s'établir à Smyrne. Il ajoute que la Perse n'ayant pas à l'époque de représentation à Smyrne, les ancêtres d'Antoine se placèrent sous la protection de la France pour leurs affaires de commerce.

Les deux documents suivants sont des attestations délivrées au moment de la controverse sur le statut d'Antoine (1874) par le frère Louis de Castiglione.

Le quatrième document est le cahier de Joseph Mirzan, que nous ne connaitrions probablement pas sans les démarches et la présence d'esprit d'Antoine Mirzan.

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40Lettre d'Antoine Mirzan à Francois de Burggraff, Consul Général de France à Smyrne, 4 juin 1874, in "Dossier Mirzan" au CADN.
41La façon dont ces lieux sont orthographiés varie en fonction de l'époque et de la personne qui les mentionne. Bien qu'il s'agisse toujours de la même région du Nakhitchevan, j'indique volontairement toutes ces variations car elles peuvent intéresser les chercheurs.
42Sont versés au dossier l'original du certificat en langue persane ainsi que sa traduction en français effectuée par le drogman du consulat de France.