On ne retrace pas fidélement la vie des familles Persanes de Smyrne si l'on ne met pas en exergue le caractère
central pour ces familles des alliances qu'elles n'ont eu de cesse de conclure entre elles et avec d'autres familles
chrétiennes et levantines. Ce phénomène a été admirablement décrit par Livio Missir dans son article consacré aux
Drogmans, dont il nous permettra de citer un nouvel extrait significatif:
"...Ces personnes et ces familles se connaissaient et étaient alliées entre elles depuis des siècles sur l'immense
territoire de l'Empire ottoman et avaient toujours à Rome et dans d'autres villes importantes d'Europe (Paris, Marseille, Livourne ou Trieste)
un allié ou un parent qui, d'une certaine manière, les représentait en Chrétienté. Les drogmans et les agents latins de commerce international
constituaient une "multinationale" avant la lettre ou les liens du sang et de la tradition familiale avaient permis de consolider et de
maintenir la défense d'intérêts économiques, politiques et culturels multinationaux malgré la divergence ou l'alternance des changements
des relations entre Etats, civilisations ou continents. D'une manière ou d'une autre les grandes familles drogmanales de Constantinople
et de Smyrne se rattachent aux généalogies souveraines des Giustiniani (et d'autres dynastes de la mer Egée)..."
Outre les Issaverdens, Mirzan, Micridis, et Missir, d'autres familles d'arméniens catholiques du Nakhitchevan (ou Persans) qui résidaient
à Smyrne incluent les Alberti, Barry, Copri, Maggiar, Murat, et Muzmuz.
Pour illustrer les alliances contractées entre ces familles, qu'il me soit permis d'utiliser le cas des familles Missir et Mirzan.
L'étude de 'L'arbre généalogique de la famille Missir' m'a permis de recenser de nombreux points de contact entre ces deux familles Persanes.
Le patriarche de la famille Missir est Abraham Missir. De son mariage avec Ursule Calavassy, issue d'une famille catholique établie à Syra
(ou Syros, île des Cyclades) depuis 1612, sont nés plusieurs enfants. Le fils ainé d'Abraham et Ursule Missir, Isaac (Smyrne, 1748-1831) épousera
une Mirzan, Anne dite Annetta, décédée en 1839. D'après Livio Missir, Annetta Mirzan est la fille de Zacharie Mirzan et de Catherine Murat;
elle est également la sœur de Monsieur Dominique Mirzan qui en 1811 épouse Marie Giustiniani, issue de la famille souveraine de Chios.
Un des petit-fils d'Annetta Mirzan et d'Isaac Missir est le père Charles Missir (S.J) dont une des lettres figurera dans le dossier de
canonisation de Saint Vincent Palloti. Un second exemple d'union entre les familles Mirzan et Missir est fourni par François Missir
(né à Smyrne en 1867 et mort à Resht en Perse en 1912) qui servit comme vice-consul de France à Bilbao en Espagne, à la Canée en Crète,
et à Resht. François Missir (qui est l'arrière-petit-fils d'Annetta Mirzan) a épousé en l'église Saint-Polycarpe de Smyrne, en 1894,
Anna-Marie-Laurentia Mirzan, fille de Polycarpe Mirzan et d'Uranie de Caravel. Anna-Marie Mirzan est née à Smyrne en 1864 et est décédée
à Syra dans les Cyclades en 1951. Notons au passage qu'une sœur d'Anna-Marie, Thérèse Mirzan (1862-1956) fut la supérieure des
"Filles de la Charité" à Syra dans les Cyclades où elle repose aujourd'hui.
Ces exemples d'unions entre deux familles persanes ne doivent pas porter à conclure que les Persans de Smyrne ne se mariaient qu'entre eux.
L'arbre généalogique de la famille Missir recèle d'exemples qui démontrent le contraire. De même les Mirzan ont conclu des alliances avec
d'anciennes familles de Francs du Levant telles que les Castelli de Chios et Smyrne, les Janavocich, les Corinthio de Tinos.
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