De nombreux ouvrages consacrés à l'empire ottoman ou au commerce du Levant témoignent de l'ancienneté de la présence et du rôle économique des
Arméniens de Smyrne. L'histoire des Arméniens de Smyrne est en fait relativement bien connue. Ce n'est pas le cas d'une composante de cette communauté,
les Arméniens catholiques du Nakhitchevan (que l'on appelait les Persans à Smyrne par référence à leur région d'origine).
Bien qu'il existe certainement d'autres documents, je n'ai trouvé qu'un seul article entièrement consacré aux Arméniens catholiques de Smyrne,
d'ailleurs non restreint à ceux originaires du Nakhitchevan8. En outre, un ouvrage exclusivement consacré aux Arméniens de Smyrne fut rédigé par un
ecclésiastique Arménien, le père Kossian; s'agissant d'un mékhitariste on peut supposer qu'il aura consacré une portion significative de son ouvrage
aux Arméniens catholiques de Smyrne; malheureusement je n'ai pu obtenir de traduction française de ce document rédigé en arménien9. Cette communauté
fit également l'objet d'une furtive mention dans la presse 'grand public' française à l'occasion d'un article consacré aux origines de l'ancien premier
ministre français Edouard Balladur10. Selon l'auteur de cet article, les Balladur de Smyrne sont des Arméniens originaires du Nakhitchevan convertis au
catholicisme au XIVème siècle par des missionnaires dominicains, origine qu'ils partagent avec plusieurs familles smyrniotes alliées dont les familles
Mirzan, Missir, et Issaverdens (notons que pour d'autres spécialistes la famille Balladur, si elle est effectivement arménienne catholique, serait
angouriote c'est à dire originaire d'Ankara et non du Nakhichevan).
Dans ce contexte de rareté documentaire et d'apparent manque d'intérêt des historiens pour cette communauté, les sources religieuses (notamment
les nombreux écrits relatant l'œuvre missionnaire des Dominicains ou des Franciscains dans l'Arménie médiévale) et les recherches effectuées par
les descendants de ces familles arméniennes de Smyrne s'avèrent d'un apport considérable.
Ainsi, l'on trouvera des informations précieuses sur ces Persans de Smyrne dans les travaux de Livio Missir, descendant d'une de ces anciennes
familles et qui a consacré une grande partie de sa vie à l'étude de l'empire ottoman et de ce qu'il appelle, fort justement, la latinité ottomane
ou plus largement les Latins d'Orient. Parmi les nombreux ouvrages et articles rédigés par M. Missir, citons l'ouvrage consacré à l'histoire de sa propre
famille11 qui contient de nombreuses références aux familles persanes de Smyrne, les Balladur, Barry, Issaverdens, Micridis, Mirzan, et Muzmuz notamment.
Un descendant de la famille Issaverdens s'est attelé à la rédaction d'une histoire de cette éminente famille Persane, document qui contribuera très
certainement à enrichir l'état des connaissances sur cette communauté.
Pour aller au delà des informations parcellaires issues des travaux d'autres chercheurs, j'ai du mener mes propres recherches, de Rome (Siège de la
Propagande Fide, l'entité dépendant du Vatican qui envoyait les missions de par le monde et notamment dans la région d'Arménie qui nous intéresse),
à Izmir, en passant par Paris et Nantes (où se trouvent certaines archives du Ministère des Affaires Etrangères français). Cet article est le fruit
de ces recherches. Il ne prétend ni à l'exhaustivité ni à l'exactitude scientifique mais vise simplement à faire découvrir ou mieux connaître la
communauté des Arméniens catholiques et plus précisemment celle qui, venant du Nakhichevan, s'est établie à Smyrne. Beaucoup reste à découvrir et à
écrire sur ces "Persans" de Smyrne.
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9>Les Arméniens de Smyrne et des environs, Père Hagop Kossian (ou Qosian), Imp. Mekhitaristes, Vienne 1899. L'auteur serait heureux de découvrir une version française de ce document, si elle existe.
10Le Point, No. 1166 du 21 janvier 1995
11Arbre Généalogique de la famille Missir (1671-1969), complété et commenté par Livio Amadeo Missir, Editions Dembla, Bruxelles 1969 (tiré à 300 exemplaires et quasiment introuvable ; l'auteur du présent article en possède un exemplaire -- No. 214).


