Les Arméniens Catholiques du Nakhitchevan12
Comme chacun sait l'Eglise arménienne est très ancienne. L'Arménie fut le premier Etat à adopter le christianisme comme religion officielle et unique
en l'an 301 de notre ère13. Cette adoption est donc antérieure d'une décennie à la conversion de l'Empereur Constantin et à l'adoption du
Christianisme comme religion officielle par Rome (vers 313).
Il convient de rappeler que cette Eglise arménienne est distincte de l'Eglise catholique. L'Eglise arménienne est dite apostolique,
ou encore grégorienne14 ou monophysite. La nuance est de taille.
L'Eglise arménienne apostolique, distincte de Rome, a son propre chef spirituel, le Catholicos, et son siège en Arménie15. Si la grande majorité
des Arméniens relèvent de cette église, il existe toutefois au sein du peuple Arménien deux groupes confessionnels minoritaires: les catholiques
et les protestants. Nous ne nous étendrons pas sur l'Eglise évangelique (ou protestante) arménienne, apparue sous une forme structurée à Constantinople
vers 1830, pour nous concentrer sur les Arméniens catholiques.
Comme l'explique Guillaume Aral16, "l'église arménienne catholique est l'église de rite arménien qui reconnaît la primauté du Pape et les dogmes du
catholicisme…Des communautés arméniennes catholiques ont fleuri à différentes époques et en diverses latitudes…".
Il semble en effet pertinent de distinguer l'apparition officielle de l'Eglise catholique arménienne en tant qu'institution structurée et l'existence
de groupes ou famillles d'Arméniens s'étant convertis au catholicisme. Les deux notions sont évidemment liées et il est clair que la première n'existerait
pas si elle n'avait pas été précédée par la seconde. De fait il y a eu des arméniens de rite catholique probablement pendant plusieurs siècles avant que ne
soit créée une Eglise catholique arménienne, entité administrative distincte, dotée de sa propre structure hiérarchique. Cette Eglise aurait d'ailleurs pu
ne jamais voir le jour sans que cela ne remette en question l'existence de ces Arméniens catholiques.
Consacrons quelques développements à l'Eglise arménienne catholique en tant qu'institution avant de nous intéresser de façon plus détaillée au parcours
de cette 'minorité doublement minoritaire au sein d'empires musulmans'.
Dans l'article précité, M. Aral distingue quatres périodes importantes dans le processus de création de l'Eglise arménienne catholique. Au cours de la première période, celle du royaume arménien de Cilicie (XII-XIVe siècles), les relations entre l'Eglise apostolique arménienne et l'Eglise catholique furent renouées. En 1198, le Catholicos proclama même l'Union avec Rome, union qui fut confirmée par le Concile de Florence en 1439, mais qui ne put entrer dans les faits en raison de la disparition du royaume de Cilicie (qui avait présidé à cette union) et de la désapprobation d'une grande partie des fidèles et du clergé arméniens. Au cours de la seconde période, le succés des efforts de conversion entrepris par Rome -sur lesquels nous reviendrons- va générer des tensions entre Arméniens apostoliques et Arméniens catholiques et fera vivement ressentir la nécessité ou l'inéluctabilité d'une scission entre les deux groupes, les seconds se plaignant notamment de persécutions de la part du Patriarcat arménien de Constantinople et réclamant leur soumission à une hiérarchie distincte.
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13Certaines sources font même remonter cet événement à l'an 288.
14Du nom de son évéque St Grégoire l'Illuminateur, ou Krikor Loussavoritch, d'origine Parthe, qui présida également à la conversion de l'Ibérie (c'est à dire l'actuelle Géorgie). Ses descendants seront les premiers 'catholicos'.
15Le siège de l'Eglise arménienne monophysite est situé à Etchmiadzine, à quelques kilométres de Yerevan, avec une vue imprenable sur le mont Ararat, aujourd'hui situé en Turquie.
16Tous les chemins mènent à Rome, Guillaume Aral, article rédigé à l'occasion de l'exposition Rome-Arménie et paru dans la Revue Arménie de Mars 1999.


